Les recifs artificiels en Région Languedoc Roussillon

Typologie des récifs artificiels

L’aménagement des territoires d’un point de vue architectural, rivalise parfois d’imagination, il en est de même en mer. Les matériaux utilisés ainsi que la disposition des modules de récifs sur les fonds marins a des conséquences sur la diversité, l’abondance et la biomasse des espèces observées.

Les principaux matériaux utilisés

Les matériaux employés doivent correspondre à des critères de coût, de maniabilité et de durabilité dans les conditions spécifiques et très «agressives» du milieu marin (problèmes de corrosion extrême). Le choix des industriels s'est vite porté sur deux possibilités, premièrement le béton marin d'une durée de vie d'une cinquantaine d'années ; il représente la base de la plupart des constructions actuelles. Deuxièmement le métal, très malléable, pouvant adopter quasiment toutes les formes que l'on souhaite lui donner. (S.Pioch)

Matériaux

1 - Béton Source : Oeil Andromède/Laurent Ballesta
2 - Etang à «acadja» Source : ©IRD/S. Hem
3 - Epave Source : © 2007 San Diego Oceans Foundation
4 - Pneumatiques à Fort Lauderdale Source : internet

La liste qui suit présente les différents matériaux utilisés à des fins de récifs artificiels, celles-ci n'est pas exhaustive mais permet de constater la grande diversité et la complexité pouvant résulter de l'aménagement d'un champ récifal.

Le bois

Le bois est le matériau le plus anciennement utilisé, depuis les branchages destinés à protéger les jeunes alevins des prédateurs au Japon, jusqu'aux "acadjas", piquets ou poteaux plantés dans les lagunes africaines pour accroître la productivité générale du milieu. Dans les pays du sud, il est le moins onéreux et le plus disponible, mais sa résistance dans le temps est assez faible de par la putrescibilité du bois et il est sensible aux tempêtes à faible profondeur.

La pierre

Matériau naturel et stable elle présente un faible coût. Les enrochements mis en place sur les littoraux à des fins de brises lames et structure de lutte contre l'érosion, fonctionnent comme des récifs pour la partie immergée. Cependant, les possibilités architecturales sont faibles de par sa faible maniabilité.

Les pneumatiques

Les pneus usagés représentent une part importante des déchets engendrés chaque année, il est donc tentant de les utiliser comme récifs artificiels. Au vue de leur faible coût et de la durabilité des structures, il n'est pas surprenant que ce matériau ait été utilisé pour de nombreux récifs, notamment en Australie, en Malaisie et aux Etats-Unis.
Les trois inconvénients majeurs reprochés aux pneus sont de présenter, une faible densité, un mauvais substrat et de relarguer des métaux lourds.

Le béton

C'est le matériau le plus utilisé actuellement pour trois qualités majeures : il est composé d'éléments naturels, sa surface est facilement colonisé par les espèces marines sessiles et enfin, il permet de réaliser des formes stables, lourdes et topologiquement complexes. Le béton est idéal pour développer des modules préfabriqués pouvant coller aux multiples possibilités d'aménagements dont font l'objet les récifs artificiels. Malheureusement le béton est très lourd ce qui rend le transport des structures compliqué et onéreux.

Les métaux

Les épaves de bateaux ont été les premiers récifs métalliques, dans les années 1970 furent testées les différentes sortes de carcasses d'automobiles généralement désossées. Puis en Louisiane, dans le Golfe du Mexique, lors du Louisiane Artificial Reef Program en 1994, neuf sites récifaux de vingt plates-formes de forage de gaz et de pétrole ont été immergés. Les structures métalliques ont de bonnes qualités métalliques et les épaves sont disponibles à moindre coût mais au vue du pouvoir oxydable des structures, il s'agit essentiellement d'acier inoxydable. Il est le seul à combiner à la fois une résistance mécanique importante et une résistance à la corrosion.

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Une architecture diversifiée

Il est courant de distinguer les structures dites de «protection», généralement destinées à préserver les habitats et les ressources halieutiques en luttant contre le chalutage illégal dans la bande des 3 milles, des structures dites de «production» qui visent à accroître la production halieutique de la zone.
Afin de rendre les récifs les mieux adapté à leurs fonctions, une véritable architecture s'est développée au fil des années, les formes sont de plus en plus complexes et variées.

Architecture des récifs « de protection »

Les récifs artificiels de protection sont destinés à préserver les habitats et les ressources halieutiques en luttant contre le chalutage illégal dans la limite des trois miles.
Ce type de récif a également une vocation écologique, avec la protection de milieux d'intérêt particulier comme les herbiers de posidonies et les roches coralligènes mais aussi la protection des nurseries et nourriceries des espèces de substrat meuble.
L'aspect massif des récifs empêche l'utilisation d'engins tractés et réserve les espaces aménagés aux pêcheurs utilisant des engins passifs et sélectifs. Les volumes immergés sont réduits et les structures sont plus simples mais disposés en ligne afin d'occuper le maximum d'espace, ils forment une véritable barrière aux engins trainant.

Architecture diversifiée

1- Double buse Source : Cépralmar
2 - Récif de protection «sea-rock» Source : Catalunya arrecife

Plusieurs sortes de modules existent, en Languedoc-Roussillon, se sont essentiellement les récifs de type buses qui sont utilisés.

Architecture des récifs dits «de production»

Les récifs «de production» sont généralement de formes complexes, creuses, et percées d'ouvertures.
Ils permettent l'exploitation de ressources différentes selon leur mode d'implantation et leur architecture. Il est possible d'immerger des structures spécifiques à la production d'espèces d'intérêt commercial d'invertébrés (in Barnabé et al., 1996).
Il existe plusieurs exemples :
- Le récif spécifique à la culture d'algues, procure simultanément un abri pour les ormeaux et les crustacés.
- Au Japon, est utilisé un récif spécifique à la culture de la langouste.

schéma

Par ailleurs, une implantation massive de structures non spécifiques engendre la création d'un champ récifal d'exploitation dans son ensemble ne favorisant aucune espèce.

Les modules les plus utilisés sur les côtes du Languedoc-Roussillon, sont les Bonna et les Comin immergés lors des premières campagnes. Nous retrouvons aussi des amas chaotiques de cubes Sabla, de poteaux électriques et d'escaliers hélicoïdaux.

Architecture des récifs dits «de production»

1 - Module Bonna
2 - Module Comin
3 - Cubes Sabla Source : Cépralmar
4 - Escalier hélicoïdal

Architecture des récifs récréatifs

La plongée sous-marine est un loisir en progression constante ce qui a entrainé la naissance du concept de récifs «paysagers», avec une recherche de l'esthétisme pour un aspect plus ludique, par exemple les «Reef Ball» mis au point aux Etats-Unis. Ce dernier aspect est sans doute amené à se développer ce qui permettrait de délester certaines zones naturelles très fortement fréquentées. Les épaves de navires sont aussi très prisées des plongeurs. Par ailleurs, les retombées économiques locales qu'elle engendre de part sa vocation touristique sont parfois plus importantes que celle liées à la pêche.

Architecture des récifs récréatifs

Reef ball Source : internet

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Des aménagements d'envergures encourageant la diversité des usages

En Languedoc-Roussillon, les récifs ont été mis en place pour dans un but de protection de la pêche professionnelle «petit métier». Ailleurs dans le monde ou dans d'autres régions françaises, des projets se dessinent ou ont été réalisés en associant les différents types de récifs. Ces aménagements permettent la fréquentation des zones immergées par des usagers différents, on peut ainsi parler de récifs multi-usages. D'autre part, ces agencements très souvent complexes créés des paysages sous-marins plus esthétiques.
Nous pouvons citer le projet « récifs prado 2006 » de la communauté d'Agglomération de Marseille qui a prévu trois zones différentes dont une à vocation multi-usages. Il est aussi questions d'aménagements portant le nom de «ranch marin», qui ne sont pas forcément destinés aux «multi-usages» mais qui rassemblent sur un même site des modules ayant des vocations et des matériaux différents. On trouve des aménagements de ce type au Japon, mais des projets existent aussi en France.

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En savoir plus...

  • E.Charbonnel, « Les récifs artificiels comme outils de gestion des ressources littorales-Elément de synthèse et de réflexion », Parc Marin de la Côte Bleue, 10p.
  • J.Beurois, Janvier 2006, Opération « RECIFS PRADO 2006 », valorisation de la baie du Prado au moyen de récifs artificiels, ville de Marseille, 18p.
  • V.Heyraud, septembre 2007, Les acteurs des récifs en Languedoc-Roussillon, Cépralmar, 149p.
  • B. Pary, mars 2004, Récifs artificiels en Languedoc-Roussillon : des outils originaux d’aménagement de la bande côtière, Cépralmar, 13p.
  • S.Pioch, 2005, Bilan des immersions de récifs artificiels en Languedoc-Roussillon, Créocéan/Cépralmar, 83p.
  • S.Leupe, 1997, le Ranch Marin d’Arcachon, hydroM, 132 p.

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